Saudade du Portugal : origines, mémoire et future création de La Danse des Mots

Un texte fondateur pour mon futur seule-en-scène

Je voudrais te partager un souvenir qui me tient particulièrement à cœur. C’était à une autre époque, pour un autre spectacle, mais cette envie profonde de raconter d’où je viens était déjà là.

Nous étions quatre sur scène à l’époque, dans notre petite troupe La Danse des Mots. Guy, Magali, Dominique et moi. Quatre voix, quatre parcours qui se croisaient et s’entremêlaient. On apprenait à respirer ensemble, comme une famille de théâtre qui naissait sous nos yeux.

Ce spectacle s’appelait Saudade du Portugal. Il puisait dans mes souvenirs d’enfance, mes racines portugaises, les ruelles du village, les légendes, les départs et l’exil. Ces récits intimes glissaient naturellement vers une histoire collective.

 

Saudade du Portugal : un pont entre mémoire et création

Ce travail scénique a été un premier pont entre mon histoire personnelle et la grande Histoire.
Il racontait cette saudade du Portugal si particulière, cette émotion qui mêle nostalgie, attachement, mémoire de l’exil et joie enfouie.
Pour moi, ce spectacle représentait déjà une forme de théâtre autobiographique, une manière de transmettre un héritage culturel tout en trouvant ma voix d’artiste.
Il contenait des thèmes qui me suivent encore aujourd’hui : les origines, la transmission, la place des récits intimes dans la création artistique.

Qu’est-ce que la saudade ?
La saudade, ce mot portugais si difficile à traduire. Il évoque ce mélange subtil de nostalgie, de manque et d’attachement profond. C’est comme une mémoire sensible, une manière de porter en soi ses origines avec une douce tendresse. Dans Saudade du Portugal, cette émotion traversait chaque scène, donnant au spectacle une couleur vraiment unique.

La Danse des Mots : une création qui a tout déclenché !

Quand j’ai créé la compagnie de théâtre  « La Danse des Mots », je sentais au fond de moi qu’il fallait raconter une histoire vraie, une histoire qui nous ressemble. Ce premier spectacle a complètement transformé ma façon d’écrire et de jouer. Il m’a révélé que nos histoires personnelles, même les plus intimes, peuvent devenir une force créative incroyable. J’ai compris que ces récits familiaux pouvaient toucher bien au-delà de la communauté portugaise à laquelle j’appartiens.

C’est à travers cette aventure que s’est vraiment affirmée ma passion pour les histoires d’exil, de mémoire et de reconstruction. Ces thèmes résonnent tellement en moi aujourd’hui.

Pour mon futur seule-en-scène, ce texte est naturellement devenu la porte d’entrée. Il renferme cette étincelle première, la saudade du Portugal qui habite encore mon écriture. Une émotion fondatrice que je continuerai à explorer de scène en scène.

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Quand j’étais enfant, et que venait l’été, je partais vers d’autres frontières…  
Vers un pays dont j’étais l’unique princesse.

As ruas da aldeia queimadas de sol,  
a planta tão grande à esquina do caminho.

Elle m’impressionnait, cette plante, géante comme une sentinelle. Je faisais claquer mes chinelas toutes neuves sur les chemins pavés et je parcourais les terres d’un village que je faisais mien.  

Par-ci par-là, des personnes me saluaient :  

  • Então, bela, estás cá de férias ?  
  • Sim, na casa da minha avó Beatriz.

 

La maison de ma grand-mère était modeste. Pas d’électricité. Pas de fenêtre. Pas de salle de bains.  Un placard cachait le pot de chambre, à vider dans le champ, là-bas derrière. La radio crachotait des airs populaires. Le lait était tiède, le beurre fondu, le pain frais. J’habitais un palais.

Sur le pas de la porte, je jouais seule pendant des heures. Une dinette en écorce d’orange, des pierres en guise de convives. Et les billes du troupeau de biquettes… recyclées en billes !

Parfois, j’allais chercher l’eau à la fontaine, a canteira posta na cabeça.  Le patron du café m’offrait des bonbons sucrés, multicolores.

Le soir, ma grand-mère brodait ou faisait du crochet.  Et Avo rezava antes de dormir. Mostrava-me um vestido pendurado no quarto. Não te esqueças da minha mortalha, não ?  

Je ne comprenais pas qu’elle me parlait de sa mort. Parce que les gens qu’on aime ne meurent pas.

Bien que née en France, mes premiers mots n’appartenaient pas à la langue de Molière. Aprendi primeiro a falar português.

Mes racines prennent cœur au Portugal. Et aujourd’hui, j’ai la saudade.  La saudade de mon enfance. La saudade de ce royaume d’été où j’étais une princesse.
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Cette saudade du Portugal reste aujourd’hui le point de départ de mon seule-en-scène à venir. Un premier pont entre mes origines et ma manière de raconter le monde.
Ce texte te plait ? T’interpelle ? Dis-moi en commentaire… Ose !

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