
Dans cet épisode, je tends le micro à Anastasia Cassandra, comédienne et artiste de doublage dont la voix résonne dans de nombreuses œuvres du cinéma et des séries. Elle nous ouvre les coulisses du doublage français, un métier souvent invisible mais essentiel, où le jeu, la précision et l’émotion se mêlent à une technique exigeante. Avec sincérité, elle raconte son parcours, son lien intime avec les voix, et les défis auxquels font face aujourd’hui les comédiens de doublage, notamment l’essor de l’intelligence artificielle dans le doublage. Un échange qui invite à écouter autrement… et à protéger les voix humaines qui font vivre nos histoires.
Au fil de notre échange, Anastasia remonte le fil de son histoire sonore : une enfance bercée par les voix de la radio, des comédiens que l’on “connaît” sans jamais les avoir vus, et ce lien très intime qui se tisse sans qu’on s’en rende compte. Elle raconte comment la radio lui a appris à écouter, à comprendre son propre timbre, et comment ce parcours l’a menée, presque naturellement, vers le doublage français.
Elle décrit aussi la réalité d’un métier souvent invisible. On imagine du confort, de la préparation, une maîtrise lente… mais le doublage se joue au contraire dans l’instant, sans filet. Découvrir un personnage en fermant la porte d’un studio, analyser une scène en quelques secondes, trouver la bonne intention, la bonne respiration, la bonne émotion. C’est un travail de précision, un travail d’acteur, un travail où la voix devient un véritable instrument.
Mais derrière l’art, il y a aujourd’hui une inquiétude très concrète : l’arrivée massive de l’intelligence artificielle dans les studios. Certaines plateformes annoncent déjà des films et séries doublés entièrement par IA. Et pour prendre la mesure de l’enjeu, il faut rappeler que :
- 85 % des films étrangers vus en salles en France sont doublés en français
- le secteur représente près de 15 000 emplois (comédiens, directeurs artistiques, ingénieurs du son, traducteurs…)
- la reproduction vocale non consentie devient un risque réel
Pour Anastasia, la menace n’est pas seulement professionnelle : elle touche à notre identité vocale, à la culture, et même à des enjeux écologiques, puisque les IA reposent sur des infrastructures énergivores.
C’est donc un épisode où l’on parle de métier, de passion, d’urgence aussi. Où l’on découvre les coulisses d’un art qui nous accompagne depuis l’enfance. Où l’on comprend pourquoi protéger la voix humaine est devenu un enjeu collectif.
Dans cet épisode, on parle de :
- ce que le public peut faire pour soutenir les artistes
- l’enfance sonore et l’influence des voix de la radio
- le parcours d’une comédienne entre théâtre, radio et doublage
- les coulisses très concrètes du doublage français
- la magie (et la difficulté) de jouer un rôle en quelques secondes
- les voix qui nous accompagnent toute une vie
- la montée de l’IA dans le doublage et ses conséquences
- l’importance du mouvement Touche Pas Ma VF
- les enjeux écologiques et éthiques liés aux technologies vocales
Le témoignage d’Anastasia Cassandra met en lumière tout ce que les métiers du doublage représentent aujourd’hui : un art sensible, précis, porté par des comédiens de doublage dont la voix crée une véritable présence. À l’heure où l’intelligence artificielle menace les voix humaines, son récit rappelle l’importance de protéger la création, la transmission et l’émotion qui naissent dans un studio de doublage.
Que tu sois cinéphile, artiste ou simplement curieux, je te propose d’ouvrir grand tes oreilles, de partager cette conversation, et de découvrir le mouvement Touche Pas Ma VF. Car aussi longtemps que des voix comme celle d’Anastasia continueront de résonner, la nôtre aussi pourra se faire entendre.
Pour aller plus loin :
Lien direct pour SIGNER LA PETITION : https://urlr.me/CmFfjW
Site #touchepasmaVF : https://lesvoix.fr/touchepasmavf-peti…
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Résumé de l'interview
Isabel :
En préparant l’interview, j’ai vu un fil rouge très net dans ton parcours radio, théâtre, doublage. Pour moi, c’est la voix. Tu as toujours été sensible aux voix ?
Anastasia :
Petite, oui, mais sans m’en rendre compte. Ma mère écoutait énormément la radio, j’ai grandi avec des voix de France Inter puis d’Europe 1. La voix à la radio, c’est une présence intime, presque physique. Ça m’a vraiment façonnée.
Isabel :
Tu as fait dix ans de radio, de 2013 à 2023. Qu’est-ce que ça t’a apporté, humainement et professionnellement ?
Anastasia :
D’abord, des rencontres grâce aux interviews, et une vraie connaissance de la région où je vivais. J’ai compris qu’il y a toujours de la richesse là où on habite. Et puis j’ai appris à écouter ma propre voix, à comprendre comment elle fonctionne. En montant mes émissions, je reconnaissais tout de suite une phrase “fausse”. Ça m’a donné une grande aisance en montage son et en usage de ma voix.
Isabel :
Aujourd’hui, tu prêtes ta voix à des séries très connues… Comment tu es arrivée au doublage ?
Anastasia :
Le déclic, ça a été le COVID. Une énorme remise en question. Je suis revenue à l’ado qui dévorait films et séries et qui rêvait déjà de jouer mille vies. J’ai commencé par une formation en home studio. Puis il y a eu le théâtre, des courts-métrages, la radio… Tout ça a nourri mon jeu et m’a aidée à entrer dans ce milieu.
Isabel :
Pour nous, spectateurs, le doublage reste très mystérieux. Concrètement, comment ça se passe quand tu arrives en studio ?
Anastasia :
On ne prépare rien. On est appelé sur un film ou une série sans forcément savoir ce que c’est. On découvre souvent le personnage au studio. Une fois la porte fermée, on est “dans le saint des saints”. Le directeur artistique nous donne quelques infos, on regarde la scène une fois, parfois deux, et on se lance. Tout va très vite. Il faut capter le jeu, le rythme, les émotions en quelques secondes.
Isabel :
Donc tu découvres parfois l’histoire au fil des scènes que tu doubles ?
Anastasia :
Oui. C’est rare d’avoir le luxe de voir l’œuvre entière avant. On travaille souvent par petits morceaux, parfois hors contexte. C’est déroutant, mais ça fait partie du métier.
Isabel :
On sent qu’il faut être très rapide émotionnellement. Comment tu fais pour trouver la justesse sans le temps long du théâtre ?
Anastasia :
On pioche dans une boîte à outils. On mobilise ses expériences, sa sensibilité, ses souvenirs.
Pour un rôle de mère dans Grey’s Anatomy, par exemple, je ne suis pas mère moi-même. Alors je pense à ma mère, à mes élèves, au care que j’ai pour eux. C’est de la technique, mais nourrie par du vécu.
Isabel :
Tu parles souvent du doublage comme d’un “travail de troupe”.
Anastasia :
Oui. J’adore les ambiances où on est plusieurs en studio. J’écoute les autres, j’apprends. Le directeur artistique, c’est un peu le metteur en scène. Il y a un vrai esprit de troupe, comme au théâtre, mais avec des dizaines de petits rôles qui me permettent d’explorer plein de personnages. Ça répond à mon besoin de jouer beaucoup de vies différentes.
Isabel :
On arrive à un sujet brûlant : l’intelligence artificielle et le doublage. Est-ce que l’IA peut vraiment remplacer les comédiens ?
Anastasia :
Non. L’IA ne ressent rien. Elle imite la voix, mais ne comprend pas ce qu’elle dit. Et surtout, ce n’est pas une petite innovation anodine, c’est une bombe à retardement numérique. Les IA de voix se nourrissent de milliers de données vocales d’acteurs, souvent sans consentement. C’est du vol massif de voix.
Des mouvements comme Touche Pas Ma VF se mobilisent. Des grandes voix du doublage alertent. Il y a aussi des syndicats, comme le SFA ou la CGT Spectacle. On se bat pour que la voix soit reconnue comme une donnée biométrique, liée à notre identité, pas comme une simple matière première gratuite.
Isabel :
Ce que tu décris dépasse largement le seul monde du doublage.
Anastasia :
Complètement. On parle aussi de surveillance, de droits d’auteur, d’écologie. Construire des dizaines de data centers pour faire tourner des IA, c’est un désastre écologique. On pompe des ressources, on consomme une énergie folle. On va trop vite, sans cadre éthique.
Isabel :
Pour nous, spectateurs, qui profitons des doublages, est-ce qu’on peut faire quelque chose ?
Anastasia :
Oui. Refuser de regarder des œuvres doublées entièrement par IA. Les boycotter quand c’est clairement annoncé.
Signer et partager la pétition Touche Pas Ma VF, en parler autour de soi. C’est un signal fort envoyé aux plateformes et aux décideurs.
Isabel :
Tu imagines quand même un futur où acteurs de doublage et IA cohabiteraient ?
Anastasia :
Oui, si l’IA reste un outil et pas un remplacement. Corriger une prise où on a le nez bouché, ajuster une intonation sans trahir le jeu humain, pourquoi pas. Mais pas cloner des voix sans consentement ni virer les comédiens pour faire des économies. Il faut des lois, des normes, une vraie réflexion éthique.
Isabel :
Si tu devais résumer ton combat en une idée ?
Anastasia :
Protéger la voix, c’est protéger l’identité. Défendre le doublage humain, c’est défendre la culture, la sensibilité, et aussi notre avenir commun face aux dérives du tout-numérique.
Pour suivre Anastasia Cassandra : https://www.instagram.com/mlleanastasiacassandra____
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