Pourquoi faire de l’enfance une matière de scène ?

NL dossier

L’enfance, ce pays qu’on croit quitter
On croit parfois que l’enfance est derrière nous…

Bien rangée quelque part, dans une boîte à photos, une cour d’école, une maison de famille, une odeur de goûter, une chanson entendue trop souvent, un vêtement trop petit, une phrase d’adulte qu’on n’avait pas comprise et qui revient, bien plus tard, taper doucement à la porte. Et puis non. L’enfance ne reste jamais tout à fait à sa place.

Elle revient par surprise. Dans une lumière de fin d’après-midi. Dans une langue que l’on entend soudain. Dans un geste que l’on croyait oublié. Dans une sensation très précise, parfois minuscule, mais qui ouvre tout un paysage intérieur.

C’est de là qu’est né À nos enfances.

D’un désir de regarder ce qui reste. Ce qui s’est déposé en nous. Ce qui continue de parler, même quand on a grandi.

J’aime ces images. Bien sûr que je les aime. Mais l’enfance ne se laisse pas réduire à cela.

Elle porte aussi des silences, des incompréhensions, des solitudes, des maladresses, des joies très simples, des peurs qu’on n’a pas su nommer, des élans immenses dans des corps encore petits.

Dans À nos enfances, je cherche cette matière-là.

Une matière sensible. Vivante. Parfois tendre, parfois plus rugueuse. Une matière qui ne raconte pas “comment c’était avant”, mais qui interroge ce que l’enfant que nous avons été continue de faire en nous aujourd’hui.

Qu’est-ce qu’il a gardé ? Qu’est-ce qu’elle a compris trop tôt ? Qu’est-ce qu’il attend encore ? Qu’est-ce qu’elle nous murmure quand nous avançons trop vite ?

Il y a des souvenirs qui ne demandent pas à être expliqués. Ils demandent à être écoutés.

Le corps se souvient d’une cour où l’on n’osait pas entrer. D’une ronde où il fallait trouver sa place. D’un trajet en voiture trop long. D’un repas de famille où les adultes parlaient au-dessus de nos têtes. D’un été où tout semblait immense.

Il se souvient des voix, des odeurs, des gestes.
Il se souvient de la façon dont on s’asseyait, dont on attendait, dont on courait, dont on observait les autres pour comprendre les règles du jeu.

C’est pour cela que À nos enfances n’est pas seulement un texte.

Il y a la parole, oui. Mais il y a aussi le souffle, le rythme, le silence, le mouvement. Il y a cette manière de faire revenir le souvenir par le corps, sans forcément tout expliquer. De laisser une sensation ouvrir une scène.

Parce que parfois, la mémoire ne commence pas par une phrase.

Elle commence par une posture. Un appui. Une hésitation. Une main qui cherche. Un pas qui revient. Et tout à coup, l’enfant n’est plus si loin.

Pas “à mon enfance”. Même si une part du spectacle part de ma propre mémoire, je voulais que cette matière s’ouvre, qu’elle circule, qu’elle accueille d’autres voix.

Parce qu’il n’y a pas une enfance universelle. Il y a des enfances. Des enfances qui se ressemblent parfois, qui se répondent, qui se contredisent, qui se reconnaissent dans un détail.

Une cour d’école peut être un terrain de jeu pour l’un, un lieu d’angoisse pour l’autre. Un village peut être un refuge, ou un endroit qu’on rêve de quitter. Une langue familiale peut être une musique, une frontière, une fierté, un manque. Un souvenir de fête peut être lumineux et traversé d’absence.

C’est cette pluralité qui m’intéresse. Quand plusieurs récits se rencontrent, quelque chose se tisse. Une mémoire plus large apparaît. Pas une grande vérité sur l’enfance, non. Plutôt une constellation de sensations, de voix et d’images.

Et dans cette constellation, chacun peut peut-être retrouver un éclat de sa propre histoire.

Un souvenir, seul dans la tête, peut rester flou. Sur scène, il prend place. Il a une voix. Une lumière. Une respiration. Il devient partageable.

Et quand un souvenir devient partageable, il cesse d’appartenir seulement à celle ou celui qui le raconte. Il devient un espace commun.

C’est ce que je cherche avec À nos enfances : ouvrir un endroit où l’on puisse écouter l’enfance sans la simplifier. La regarder avec tendresse, mais aussi avec attention. Lui rendre sa complexité. Lui rendre ses couleurs, ses failles, ses petits désordres.

L’enfance est un territoire intime, mais elle parle à beaucoup. Elle touche à la famille, aux origines, aux jeux, aux premières séparations, aux premiers émerveillements, aux premières injustices aussi. Elle touche à ce que l’on transmet sans toujours le savoir. À ce que l’on garde malgré soi. À ce que l’on aimerait peut-être réparer.

J’ai envie d’ouvrir une porte vers ces moments qui continuent de vivre sous la peau. Vers les enfants que nous avons été. Vers ce qu’ils ont su, senti, espéré, encaissé, inventé.

Peut-être qu’en les écoutant, nous comprenons un peu mieux nos manières d’aimer, de fuir, de créer, de transmettre, de chercher notre place.

Peut-être aussi que nous pouvons leur répondre.

Alors, si ce spectacle t’intrigue, je t’invite à suivre sa création pas à pas. Sur cette page, tu retrouveras les grandes lignes du projet. Et dans la newsletter Carnets de Coulisses, je partage les étapes plus concrètes : les avancées, les questions, les choix, les petits vertiges aussi.

Et parfois, il suffit de tirer un fil pour retrouver l’enfant que nous sommes.

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