
Le 25 avril 1974, la Révolution des Œillets met fin à la dictature au Portugal.
Cet événement historique majeur continue d’inspirer aujourd’hui des œuvres culturelles : films, spectacles et livres.
Voici une sélection pour mieux comprendre cette révolution et sa mémoire.
En enregistrant cet échange avec Lionel Cécilio autour de son spectacle « La Fleur au fusil » sur la Révolution des Œillets, une question m’est restée : comment continuer à faire vivre cette histoire, une fois l’écoute terminée ?
Alors j’ai eu envie de tracer quelques chemins. De te faire (re)découvrir des œuvres à voir, à écouter, à ressentir. Pas pour “compléter” avec un côté scolaire, plutôt pour laisser cette mémoire vibrer encore, comme un écho…
S’il est très facile de trouver des documentaires, des reportages télévisés de l’époque, des essais, il est plus difficile de trouver des œuvres artistiques traitant de la Révolution portugaise… J’ai été étonnée par ce manque flagrant. Voici une très courte sélection que je vous conseille !
Sur scène : spectacle sur la Révolution des Œillets
La fleur au Fusil (2025) seul en scène de et par Lionel Cécilio
C’est le point de départ, bien sûr. Ce qui a donné lieu à une interview après que je sois allé voir ce spectacle.
Sur scène, Lionel ne s’attache pas seulement à raconter la Révolution des Œillets. Il cherche aussi à la faire ressentir. D’en faire une matière vivante. Corps. Voix. Souffle. Texte.
Au cinéma : films sur la Révolution des Œillets
Capitães de Abril/Capitaines d’avril (1999) de Maria de Medeiros
Ce film retrace la Révolution des Œillets du 25 avril 1974 à Lisbonne.
Au Portugal, dans la nuit du 24 au 25 avril 1974, la radio diffuse une chanson interdite : Grândola. Il pourrait s’agir de l’insoumission d’un journaliste rebelle. C’est en fait le signal programmé d’un coup d’Etat militaire qui changera la face de ce petit pays affligé par des décennies d’archaïsme et le destin d’immenses territoires en Afrique.
Au son de la voix du poète José Alfonso, les troupes insurgées prennent les casernes. A trois heures du matin, elles marchent sur Lisbonne. Peu après le triste putsch militaire au Chili, la Révolution des Oeillets se distingue par le caractère aventureux, mais aussi pacifique et lyrique de son déroulement.
Ces 24 heures de révolution sont vécues par trois personnages : deux capitaines et une jeune femme, professeur de lettres et journaliste.
Présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes 2000, au Festival d’Arcachon où il a reçu le Prix du Public et à la Mostra Internationale de Sao Paulo 2000 où il a obtenu le Prix du meilleur film, Capitaines d’avril est le premier long métrage de Maria De Medeiros en tant que réalisatrice.
Elle rend ainsi hommage à ces jeunes soldats qui ont arraché son pays à ce long sommeil obscurantiste.
Les grandes ondes (2013) de Lionel Baier
Une comédie où des journalistes suisses se retrouvent par surprise dans la révolution des Oeillets
Avril 1974. Deux journalistes de la radio sont envoyés au Portugal pour réaliser un reportage sur l’entraide suisse dans ce pays.
Bob, technicien proche de la retraite, les accompagne à bord de son fidèle combi VW. Mais sur place, rien ne se passe comme prévu : la tension est à son comble entre Julie, la féministe, et Cauvin le reporter de guerre roublard. La bonne volonté de Pelé, le jeune traducteur portugais, n’y fait rien : la petite équipe déclare forfait.
Mais le vent de l’Histoire pousse le Combi VW en plein cœur de la Révolution des Œillets, obligeant cette équipe de Pieds nickelés à prendre part, et corps, à cette folle nuit du 24 avril 1974…
Dans les livres : livres sur la Révolution des Œillets
Edgar de Mathieu Sapin
Une bande dessinée sur un témoignage précédant le révolution portugaise
Mathieu Sapin et son beau-père, Edgar, arpentent les rues de Lisbonne, pour donner corps aux souvenirs du septuagénaire, adolescent et jeune homme pendant les dernières années de la sombre dictature de Salazar.
Les années précédant la Révolution des Œillets de 1974 ressurgissent, grâce au talent de conteur du septuagénaire. Il décrit précisément son engagement dans l’organisation clandestine du Front d’action populaire, son rôle dans les prémices de la Révolution, ses ancêtres prestigieux. Mais jusqu’où faut-il croire quelqu’un qui assure que, selon l’adage portugais, « en te disant la vérité, je te trompe » ?
Ce docu-BD ne s’arrête pas à la description de cette période charnière de l’histoire du Portugal moderne. Il pose la question de la véracité des témoignages qui façonnent les récits historiques et met en valeur l’idée d’engagement, deux notions qui font écho aux risques politiques qui irriguent notre actualité.
Carnets de mémoires coloniales de Isabela Figueiredo
Carnet de mémoires coloniales est le récit biographique d’une enfance passée dans les temps troubles et violents du colonialisme.
Isabela Figueiredo, née en 1963 dans un Mozambique encore sous domination lusitane, se souvient.
Elle nous livre ses observations d’enfant et son histoire profondément liée à celle de son père, un être aimé et aimant qui est néanmoins l’archétype du colon raciste, sexiste et violent. La petite Isabela grandit dans une ambivalence brutale en relation à ce dernier, entre adoration et rejet. Il s’agit d’exposer une attitude, une posture qu’elle n’a jamais tolérée mais dont elle portera toujours le poids.
Ce livre est aussi le récit singulier d’une enfant en route vers l’adolescence qui découvre donc la vie, le désir et la sexualité, pleine d’une innocence curieuse, qui vivra seule l’expérience du rapatriement en 1975 en métropole. Comme les centaines de milliers de Portugais rentrés à cette époque, elle connaîtra le rejet et la honte due à sa condition de retornada. Son père, resté au Mozambique, lui confie une mission : raconter ce qu’ils ont vécu. Elle le fait ici mais sans aucun ménagement pour les colons. Elle dit sa vérité brute, raconte l’injustice, l’illégitimité et la violence d’un tel système.
Porté par une écriture crue et frontale, au rythme cadencé, ce point de vue offre une vision inédite de l’histoire portugaise et coloniale.

Les mémorables de Lidia Jorge
Un roman sur les mythes de la révolution au Portugal
La photo était là sur l’étagère tout en haut de la bibliothèque de son père. Un groupe d’hommes et de femmes autour d’une table de restaurant et parmi eux ses parents, l’éditorialiste lucide et la comédienne étrangère.
Lorsque la CBS lui commande un documentaire revisitant les mythes de la révolution des Œillets, Ana Maria réalise que tous les acteurs du coup d’État qui renverse la dictature se trouvent sur cette photo. En compagnie de deux journalistes aussi jeunes qu’elle, elle les retrouve et, au fil de son enquête, découvre l’effet du passage du temps non seulement sur ces héros, mais aussi sur la société portugaise.
Survivants d’un temps oublié, les personnages de la photo essaient de recréer ce qu’a été l’illusion révolutionnaire, et le difficile chemin vers la démocratie. Le regard des jeunes gens sur les protagonistes d’une histoire que personne ne veut plus entendre réécrit cruellement leur épopée.
Lídia Jorge s’intéresse à l’espace indéfini qui sépare le récit que l’Histoire dévoile, avec ses vérités difficiles à affronter et la création du mythe, le moment où la vie a été transformée en une construction de l’imaginaire ou de la volonté.

🎧 Écouter l’épisode sur la Révolution des Œillets
Dans cet épisode avec Lionel Cecilio, nous explorons comment le théâtre permet de transmettre la mémoire du 25 avril 1974.
L’interview que j’ai réalisée avec Lionel Cécilio. À partir de son parcours de vie, de son lien intime au Portugal et de la naissance de ce spectacle, la conversation s’ouvre sur des questions plus larges : la transmission, le silence, le rapport au public, le doute, et ce que signifie continuer à créer sans toujours se sentir légitime.
Le fil invisible qui traverse tout l’épisode, c’est la parole empêchée, le silence transmis, la peur intériorisée et ce que le théâtre permet de déplacer. En Lionel Cécilio, l’aspect politique, familial et artistique ne sont jamais séparés…
On parle aussi e théâtre comme espace de rencontre et de transmission. Et de ces histoires du passé qui continuent de résonner dans notre présent.
Un épisode pour celles et ceux qui aiment le théâtre comme un lieu de questionnement, de fragilité partagée et de pensée sensible.
En écoute sur Deezer, Spotify, ApplePodcast etc… et sur YouTube




