
Il y a des histoires qui ressemblent à un conte.
Une girafe (zarafa en arabe) embarque sur un bateau, traverse la Méditerranée, arrive à Marseille, puis se met en route vers Paris. Pas en train ni en camion. Non. À pied.
Et l’artiste Christophe Chatel, alias Gyraf, nous permet de nous replonger dans cette histoire insolite…
Nous sommes en 1827. La France n’a jamais vu de girafe. À cette époque, aucune photographie, aucune vidéo, et encore moins de réseaux sociaux pour préparer les regards. Seulement des rumeurs et de l’imagination. Alors quand Zarafa apparaît, elle fascine. Elle attire les foules et déclenche une vague d’émerveillement que l’on appellera la « girafomania ».
Dans l’épisode, Christophe Chatel rappelle qu’elle aurait attiré 600 000 visiteurs au Jardin des Plantes en un seul été.
Mais cette histoire, aussi belle soit-elle à raconter, dépasse la jolie anecdote animalière… C’est un cadeau diplomatique. Un animal capturé, transporté, offert, exposé. Une fascination bien réelle, oui. Et un évènement qui, deux siècles plus tard, nous interroge encore.
C’est sans doute pour cela que Zarafa revient aujourd’hui sur le chemin de l’artiste Gyraf.
Une girafe sur les routes de France Zarafa est souvent présentée comme la première girafe arrivée en France. Dans l'entretien, Christophe raconte qu'elle arrive d'Égypte, offerte par le pacha d'Égypte au roi Charles X. Elle traverse d'abord la Méditerranée jusqu'à Marseille, avant de rejoindre Paris à pied, en 42 étapes. Imagine un peu la scène ! Sur les routes, une foule de curieux. Dans les villes, des attroupements. C'est l'effervescence ! Voilà sous leurs yeux, en vrai, un animal quasi impossible à concevoir au XIXe siècle. Un long cou, une démarche étrange, une présence venue d'ailleurs. Zarafa ne parle pas et pourtant elle raconte malgré elle le désir de s'émerveiller. Ce qui me touche dans cette histoire, c'est sa puissance : une girafe marche et tout un pays regarde. Cela pourrait suffire à en faire une belle histoire. Mais il ne faudrait peut-être pas s'arrêter là.
Émerveillement et trouble Zarafa n'a pas choisi de voyager. Elle avance escortée de gendarmes à cheval, suivie d'un chariot de bagages, guidée aussi par deux vaches dont elle boit le lait chaque jour et qu'elle suit comme des repères familiers sur une route inconnue. Voilà à quoi ressemble, concrètement, le quotidien d'un "cadeau vivant" : une bête précieuse qu'on protège, qu'on nourrit, qu'on encadre et qu'on regarde. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Zarafa est prise, malgré elle, dans une histoire diplomatique entre deux pouvoirs. Elle devient un objet de curiosité autant qu'un cadeau. Le récit bascule ici. Dans l'épisode, Christophe évoque cette dimension plus complexe : la mémoire coloniale, le rapport au vivant, l'animal déplacé, mais aussi ce que Zarafa peut encore nous enseigner par sa simple présence. Il dit quelque chose de très beau : elle arrive et elle nous apprend quelque chose, sans parler. Zarafa nous oblige à regarder autrement. Pas pour condamner le passé d'un bloc, sans nuance. Mais pour accepter de voir ce qui cohabite : la joie des foules, la violence invisible, l'admiration, l'exotisme, l'animal vivant devenu spectacle. Et je crois que c'est précisément là que Zarafa devient actuelle en soulevant des questions comme : qu'est-ce qui nous émerveille ? À quel prix ? Que choisissons-nous de transmettre quand nous racontons une histoire, et que laissons-nous dans l'ombre parce que cela dérange un peu le joli récit ?
Pourquoi Gyraf reprend le chemin de Zarafa En 2027, Gyraf souhaite marcher sur les traces de Zarafa, de Marseille à Paris. Le projet Sur les pas de Zarafa est annoncé comme une grande traversée artistique et humaine : 880 kilomètres, 42 jours, 42 spectacles, avec des étapes ouvertes au public. Quarante-deux étapes pour Zarafa, il y a deux siècles. Quarante-deux jours pour Gyraf, aujourd'hui. Comme si la route elle-même se souvenait du chiffre. Le site de Gyraf présente aussi ce projet comme une marche commémorative, des recherches historiques et la création d'un spectacle, à l'occasion du bicentenaire de l'arrivée de la première girafe en France. Bien sûr, marcher 880 kilomètres, ce n'est pas rien. Il y aura des villes traversées, des rencontres, des représentations, des habitants, des familles, des marcheurs d'un jour ou de plusieurs étapes. Christophe explique d'ailleurs dans l'épisode qu'il souhaite rendre cette aventure ouverte, accueillante, possible à rejoindre, même pour un seul kilomètre. Gyraf ne reprend pas la route pour rejouer le passé comme une carte postale. Il la reprend pour remettre une histoire en mouvement. Pour la regarder avec les yeux d'aujourd'hui. Pour faire tenir ensemble l'émerveillement et le trouble, la mémoire et le vivant, la joie et la question. Cela ressemble beaucoup, d'ailleurs, à son chemin d'artiste. Depuis plus de vingt ans, Gyraf avance avec des instruments, des couleurs, des chansons, de l'humour, de la poésie. Mais derrière la fantaisie, il y a une vraie profondeur : la transmission, l'écologie, le rapport aux autres, le besoin de créer des moments qui rassemblent. Dans l'épisode, Christophe dit que ce projet est probablement ce que son personnage artistique, Gyraf, n'avait pas encore osé faire : un projet réellement fédérateur, itinérant, relié à ses valeurs les plus précieuses. Le personnage, la route, l'animal, l'histoire, le public, le vivant : tout se rejoint. Zarafa a marché malgré elle, il y a deux siècles. Gyraf, lui, choisit de marcher aujourd'hui pour nous inviter à regarder cette histoire autrement.

Zarafa – Naturalisée et exposée au Muséum d’Histoire Naturelle de La Rochelle
Il y a des récits que l’on croit connaître parce qu’ils ressemblent à une belle anecdote.
Puis quand on gratte le vernis de l’histoire, elle devient plus inconfortable. Elle parle alors de notre manière de considérer les animaux, les terres lointaines, les corps déplacés, les mémoires que l’on choisit de garder.
C’est peut-être cela, finalement, que Zarafa nous offre encore aujourd’hui : une invitation à lever les yeux, pas seulement pour admirer. Lever les yeux pour comprendre vraiment ce que nous regardons.
Et pour reprendre la route autrement.
RETROUVE Gyraf et son univers ici : https://www.gyraf.com/
Pour aider le projet : https://www.proarti.fr/collect/project/sur-les-pas-de-zarafa-1/1
En savoir encore plus sur Zarafa ? https://education.l214.com/le-voyage-extraordinaire-de-zarafa-la-girafe
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Mise en ligne le 13 décembre 2026 !

Derrière les couleurs et la fantaisie, il y a les doutes qui reviennent à chaque création. Il y a la colère parfois, quand elle devient matière à écrire, à chanter, à partager. Et il y a aujourd’hui un projet vaste et fédérateur : Sur les pas de Zarafa, une marche de Marseille à Paris prévue en 2027, sur les traces de la première girafe arrivée en France.
Dans cet épisode, nous parlons de :
- De la naissance de Gyraf : comment un surnom lancé entre amis est devenu un personnage, puis une voie artistique qui a permis à Christophe d’oser aller plus loin.
- De ce qui permet de durer dans le spectacle vivant : les rencontres, le jeune public, la transmission, le doute, l’humour, la poésie, et cette manière de parler de sujets profonds sans jamais faire la leçon.
- Du projet Sur les pas de Zarafa : une marche de Marseille à Paris prévue en 2027, sur les traces de la première girafe arrivée en France, entre émerveillement, mémoire coloniale, rapport au vivant et aventure collective.
Christophe parle de mouvement, de transmission, de spectacle vivant qui peut changer une vie. Il raconte aussi comment Gyraf l’a emmené là où il n’aurait peut-être jamais osé aller seul. 20 ans de carrière jusqu’au projet Zarafa.
Un épisode pour celles et ceux qui aiment les artistes qui avancent à leur manière, les projets qui rassemblent et les personnages qui finissent par révéler la personne derrière eux.




